Yv

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Je lis, je lis, je lis, depuis longtemps. De tout, mais essentiellement des romans. Pas très original, mais peu de lectures "médiatiques". Mon vrai plaisir est de découvrir des auteurs et/ou des éditeurs peu connus et qui valent le coup.

Jacques Bablon

Jigal

par
2 juillet 2022

Ce qu'on ne peut pas reprocher aux romans noirs de Jacques Bablon, c'est d'être bavards. Il a le sens de la concision, du propos court et direct qui va droit au but, sans fioriture, sans chichi. Et j'aime beaucoup. Ses romans ne sont pas non plus échevelés, effrénés. C'est plutôt du lent, du lourd qui diffuse dès le début dans le lecteur ou la lectrice qui ne peut plus s'en débarrasser et qui n'en a d'ailleurs aucune envie, qui en redemande même !

Personnages atypiques, pas préparés aux situations qu'ils vont rencontrer et qui vont aller de surprise en surprise. Relations tendues. Pas facile de faire équipe lorsque pendant vingt ans on a été adversaires. Décors divers aux gré des recherches des jumeaux. Jacques Bablon écrit ce qui ressemble à un western contemporain et français. Avec les prénoms des jumeaux l'évocation du genre est évidente -pour rappel, Pat Garrett fut shérif, et est connu pour avoir abattu Billy the Kid- ; le texte, l'ambiance, tout y fait penser.

Encore du bon chez Jigal polar qui a le flair pour dénicher des auteurs totalement différents et très talentueux, qui chacun, Jacques Bablon aussi évidemment, trace une route singulière et personnelle dans le polar français. Un éditeur qui prouve s'il en était besoin, que le roman noir ou polar français se porte à merveille.

"Octavia s'était dit qu'avant ses 40 ans elle balancerait à ses enfants tout ce qu'elle leur avait caché. Dans deux jours, elle aurait 40 ans. Elle ne l'avait toujours pas fait. Elle allait se mettre à la tâche, faire un grand déballage..." (p.5)

par
2 juillet 2022

Cléa Favre est journaliste et écrit le texte. Kalina Anguelova est elle-aussi journaliste, elle illustre ce livre.

Sous-titré Journal d'une survie post-fausses couches, ce journal illustré, inspiré de l'expérience de l'auteure, retrace le parcours d'une femme qui vit deux fausses couches assez rapprochées en 2019 et qui se pose beaucoup de questions. Choisir la méthode d'expulsion, subir des douleurs physiques violentes. Tenter de faire bonne figure au travail, dans le cadre familial et amical. Pouvoir se lâcher un peu dans la sphère intime, car le compagnon est aux petits soins, attentif et vit lui aussi la douleur de la perte.

Le regard et les réactions des autres sont parfois difficilement supportables. L'apitoiement et la fameuse phrase qui donne son titre au livre, qui ne remonte pas du tout le moral mais peut au contraire augmenter l’angoisse de refaire une fausse couche. Le doute, la suspicion culpabilisante qui pose la question de la faute de la mère. Or, David Baud, chef du service obstétrique au CHUV -V pour vaudois, en Suisse-, répond que "La responsabilité de la maman est de 0%".

J'ai beaucoup aimé ce roman graphique, très sobre dans le texte, aux questionnements nombreux et fréquents, et dans les dessins. Et pourtant tout est dit clairement, sans détour. Et étayé par les propos du Dr David Baud qui permet d'aller un peu plus loin et de mieux comprendre les causes des fausses couches. D'autres spécialistes interviennent également dans l'accompagnement des couples qui vivent cela, des femmes en particulier.

Les fausses couches sont assez fréquentes et peuvent être banalisées tant dans leur prise en charge médicale que dans la société en général, et sans doute, moi-même, j'ai pu ne pas mesurer à quel point c'est douloureux physiquement et psychiquement. Après avoir lu ce livre, on ne peut plus minimiser, banaliser. Certes, beaucoup de femmes font des fausses couches et beaucoup de femmes en souffrent, souvent seules.

Cléa Favre et Kalina Anguelova montrent la douleur, la culpabilité, les angoisses et la déprime, la solitude même lorsque la femme est accompagnée : un deuil quel qu'il soit, se vit seul ; les proches peuvent être présents, mais la perte, l'absence on la vit au plus profond de soi, seul.

Elles touchent juste et leur livre devrait être de très large diffusion pour aider les femmes qui subissent et ceux qui finalement ne savent pas grand choses des fausses couches et qui pourront s'informer.

par
2 juillet 2022

J'aime beaucoup les livres de Don Winslow... jusqu'à celui-ci qui enchaîne les poncifs et les clichés dès le début. Long, très long. Ce sont des pages noircies avec les noms des rues de New York qu'arpente Malone, des croisements, des quartiers qui alourdissent et ne servent pas le texte, puisque nombreux, comme moi, ne connaissent pas les lieux et sont incapables de s'en faire une image. Puis ça traîne, ce qui est le comble pour un roman policier. Et je ne parviens jamais à atteindre un truc qui me retiendrait. Rien. Nada. Nothing. Même Malone n'est pas intéressant, trop sûr, trop beau, trop bon, bref, trop trop, au point que ça en devient lourdingue voire fastidieux.

par
28 juin 2022

Une ambiance de western rural pour ce polar de Denis Zott. Lorsque ça a l'air de partir dans tous les sens, et que de fait, on se demande qui fait quoi et pourquoi, l'auteur distille quelques informations pour nous aiguiller et nous garder en alerte ? Et ça fonctionne parfaitement. Rythme enlevé voire échevelé par moments, décors tarnais, personnages hauts en couleurs qui ont tous une part sombre plus ou moins grande. C'est cela, allié à une intrigue emberlificotée, pour le meilleur et qui garde le mystère jusqu'au final, qui donne toute la saveur à ce roman noir. Parce qu'ils sont grâtinés les protagonistes : d'abord les Renard, trois rustres qui trafiquent et vivent reclus avec leur mère Germaine, autoritaire qui tient sous sa coupe Césaire, à peine mieux traité qu'un esclave, humilié, battu, rossé. Puis Césaire, justement qui découvre des choses et ne sait quoi en faire. Et le capitaine Roll, le gendarme et son oncle, le maire tout puissant. Voilà pour les locaux, auxquels s'ajouteront la mystérieuse dame blanche, ses protecteurs ou prétendus tels et ses kidnappeurs. Autant de monde à Puech Begoù, ne peut que se rencontrer pour le pire. Et la campagne tarnaise de s'animer drôlement et de rententir de bruits inédits.

J'ai passé un excellent moment dans cette intrigue dense et rapide. L'envie et le plaisir de tourner les pages sont présents dès début à la fin, même que j'aurais bien pris un peu de temps supplémentaire. Noir, très noir, il reste tout de même un peu d'espoir car certains personnages ont, certes, des côtés sombres, mais d'autres lumineux qui éclairent l'histoire de Denis Zott.

Hugues SERRAF

Intervalles

par
28 juin 2022

On a envie de l'aider et de bien l'aimer Rico le loser "sans-dent" bedonnant à quelques encablures du sexagénaire. Et l'on parvient sans peine à l'apprécier. Il est touchant, il en fait trop, vivote de ses trafics sans forcément chercher plus -sauf si une occasion point trop fatigante lui tombe dans les mains. Il est désabusé, un peu nostalgique du Marseille d'antan "Et il ne faut pas le stimuler beaucoup pour qu'il déroule sa nostalgie d'un Marseille fernandélo-guéguianesque, avec une pincée de borsalinisme toutefois -ne serait-ce que pour son goût pour la geste mafiosique." (p.52). Borsalino étant l'un de ses films de référence, tendance Alain Delon, son quasi-sosie

Hugues Serraf, comme à son habitude, croque un anti-héros sympathique. Beaucoup d'ironie, d'humour, de légèreté tout en abordant des thèmes lourds, comme la vie qui passe, les regrets d'être passé à côté d'une vie plus enviable, la pauvreté... C'est drôle grâce à des formules détournées, des néologismes, des mots du parler marseillais. Rico, je le vois bien dans un film de Delépine et Kervern, c'est tout à fait le même univers, la France d'en-bas qui, en trimant -OK, c'est un concept assez éloigné pour Rico- enrichit et sert la France d'en-haut.

C'est un roman bien ancré dans notre époque, dans notre société où la réussite se mesure à la grosseur de sa voiture et/ou de sa maison, qui capte l'air du temps et le lecteur doucement et sûrement. Mieux sans doute que certains écrivains à la mode -mais j'abuse, je ne les ai pas lus, j'ai seulement lu sur eux et leurs livres. Sortez des sentiers battus, et osez rencontrer Rico, il saura faire le reste pour que vous restiez avec lui 180 pages.

Hugues Serraf vit à Marseille, j'ai lu et chroniqué certains de ses romans : Deuxième mi-temps, Comment j'ai perdu ma femme à cause du tai chi, Le dernier juif de France.